La progression… un mal ? une nécessité ? une source de plaisir

21052009

Les tabous s’usent au fur à mesure qu’on les transgresse et la « télé réalité », faite principalement de voyeurisme, relève évidemment de ce domaine. Il n’est donc pas surprenant que son audience baisse aussi vite qu’elle a grandi. C’est la même chose pour le sexe dans la publicité ou au cinéma. « Les amants » de Louis Malle font presque sourire aujourd’hui et on n’est pas loin d’être blasé du plus cru quand le hard en DVD est à la portée de tous, même des enfants.

C’est donc le pas en avant qui frappe les esprits et intéresse le public, et non pas le tabou en lui-même qui tombe. Dans ce domaine, la marge de progression est désormais réduite.

 

Je ne sais pas (faute de temps et de compétences) si ce besoin d’avoir plus (dit de façon négative) ou de progresser (dit de façon positive) est une constante individuelle ou sociale. C’est en tout cas un fort moteur social.

Mais peut-on imaginer une société démocratique (qui pourrait l’être plus que la notre) constituée d’individus heureux d’une autre façon (et si possible en plus grand nombre que dans la notre) ? Peut-être non. Peut-être justement ne peut-on être heureux que de façon relative : « plus qu’hier », ou « plus que mon voisin ». Et comme personne ne voudrait être le voisin, il ne reste d’autre solution que le « plus qu’hier » ce qui n’est possible que s’il n’y a pas de limite ou si la limite ne peut jamais être atteinte (voir une solution utopique ?).

 

Le problème de la croissance économique est un peu de cette nature, mais il n’est pas (encore) perçu par tous car il est occulté par d’autres problèmes plus sensibles comme celui de l’inégale répartition des richesses. En dehors de croyances économiques (« croyances » veut bien dire que cela relève de la religion plus que de la raison) la croissance est d’ailleurs un excellent alibi pour ne pas remettre en cause la répartition des richesses. Mais la croissance est nécessairement limitée dans un monde fini. Il faudra bien qu’elle ralentisse un jour. (Ce thème est très largement et pertinemment développé par Serge Latouche). La terre est comme un grande boite, mais une boite. On ne fait pas pousser un baobab dans un deux-pièces. Mais comment remettre en cause la nécessité de la croissance affirmée par tous ?

Dans l’état actuel des mentalités, la croissance en moyenne est pourtant un moindre mal puisqu’elle permet, en principe, à tous de progresser : comme les écarts s’accroissent presque obligatoirement au profit des plus forts, une croissance moyenne permet aux faibles de progresser quand même un peu.

 

Cette perception du progrès (ou de la régression) est à coup sûr à courte vue.  Dans le temps d’abord : on est plus heureux avec un petit salaire qui augmente qu’avec un plus gros qui diminue (je n’ai toutefois pas d’expérience directe des très gros salaires). Dans l’espace ensuite, car on compare plus naturellement son salaire à celui du collègue qu’à celui du patron. Les optimistes y trouveront quelques avantages et les pessimistes des inconvénients.

La courte vue est en tout cas très présente dans notre système de pensée. Empruntez pour acheter, vous vous rendrez compte trop tard que vous n’en aviez pas les moyens. La terre était plate tant qu’on n’en avait pas fait le tour, puisqu’on la voie plate. Licenciez pour augmenter les bénéfices, il sera toujours temps de voir s’il n’y a plus d’acheteurs de ce que vous produisez.

Nous baignons dans cette façon de penser, le nez dans le guidon. Il est vrai que la publicité, et plus généralement les médias, abondent dans ce sens, et beaucoup d’entre nous ne peuvent pas voir. Il est vrai aussi que cette façon de pensée contamine ceux qui auraient la possibilité de prendre du recul mais qui ne veulent pas voir pour préserver leur confort personnel.

Elle conduit même à des jugements non fondés. A propos du chômage, il est généralement seulement question de l’augmentation ou de la diminution du nombre des demandeurs d’emploi. Je me souviens d’une déclaration d’un ancien Premier ministre se réjouissant de la diminution de la vitesse avec laquelle le chômage augmentait. On finit donc par être plus heureux avec 8 millions de chômeurs si la tendance est à la diminution qu’avec 2 millions et une tendance à l’accroissement.

Si vous êtes arrêtés pour excès de vitesse, allez donc expliquer à l’agent que vous rouliez encore plus vite avant d’être contrôlé !




Une solution utopique…

21052009

Peut-on imaginer un progrès ininterrompu compatible avec des limites infranchissables ? Peut-être…

Si par exemple on est heureux d’avoir en supplément, chaque année, la moitié (de ce qu’on voudra), du supplément de l’année passée, le système n’explose pas. Ce peut être, par exemple, 100 cette année, puis 150 l’an prochain, puis 175  l’année suivante, puis 187,5… en admettant (si on veut) que 100 est un minimum vital jusqu’auquel il est permis d’aller aussi vite que possible. En termes économiques standards, cela donnerait une croissance à taux de croissance positif mais décroissant (ce qui pourrait être dit de façon plus formelle). 

Un exemple de progrès de ce type apportant des satisfactions non décroissantes à ceux qui sont concernés est celui de la connaissance scientifique. Un autre est celui des progrès sportifs (record du 100 m par exemple). Il y en a sûrement d’autres.







Mon cours de français |
essai09 |
Un amour de "Pékinoise" |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | ghadalam
| journal-de-lulubie
| Mes passions de ptit dragon